Alors
que depuis des mois notre attention est attirée par les grands conflits,
lété qui vient de sécouler nous a rappelé
le visage de la violence ordinaire, celle de la vie de tous les jours, entre
personnes qui se connaissent. Ces violences quotidiennes, proches ou lointaines,
ne causent pas seulement des souffrances physiques : elles font des bleus
à lâme.
Au début des années 60, des études furent menées
par un psychologue, Martin Séligman, sur la normalisation de la violence.
Dans une grande cage, on électrifia la partie gauche du sol, et on
y envoya des décharges électriques aléatoire. Un chien
placé dans cette cage, apprit vite à se tenir dans la partie
droite. Puis on fit linverse, électrifiant cette fois la partie
droite du sol, et le chien se réadapta rapidement, apprenant à
se tenir sur la partie gauche. Puis on électrifia le tout, de sorte
que les décharges étaient susceptibles de venir de nimporte
où. Le chien, désorienté et paniqué au début,
finit par rester allongé, ne tentant plus déchapper
aux décharges, et les subissant quand elles se produisaient. Quand
on ouvrit la cage, il continua à rester allongé et à
recevoir les décharges, sans faire mine de vouloir séchapper.
Les décharges de violence répétées que nous
subissons, indirectement à longueur de journal télévisé,
ou pour certains, directement dans leur vie personnelle ou professionnelle,
portent atteinte à notre intégrité. Lanormal
devient normal, la violence devient ordinaire. Pour la supporter, nous devons
laccepter et nous y conformer. Alors, vient le moment où nous
navons plus la force de réagir et nous perdons la capacité
de nous battre pour nos valeurs. Et à ce moment là, nous nous
taisons à lextérieur, mais aussi à lintérieur
de nous.
Hegel nous posait déjà cette question de conscience au travers
de la dialectique du Maître et de lEsclave : A quoi sommes nous
prêts ? Vivre esclave et à genoux ou mourir debout et libre
? Mais y a-t-il vraiment un choix ? Car finalement, vivre esclave, se soumettre
à la violence, cest mourir, si ce nest extérieurement,
du moins intérieurement. Et la liberté néquivaut
pas toujours à mourir, mais bien souvent à sortir de la cage
de limpuissance.